Droit & gouvernance

Achat d'actions propres : limites et règles

SIH ONE — Desk Legal · 27 aprile 2025

Une SA peut-elle acheter ses propres actions ? Oui, mais dans des limites précises. L’achat d’actions propres est une opération utile dans de nombreuses situations — désintéresser un associé sortant, gérer des plans de participation, réorganiser l’actionnariat — mais il touche un point sensible : si une société pouvait se rembourser son capital en achetant ses propres parts sans règles, la garantie des créanciers serait vidée de sa substance. C’est pourquoi le Code des obligations fixe des conditions claires. Examinons-les, en tenant compte de la révision du droit de la SA en vigueur depuis le 1er janvier 2023.

La limite générale de 10%

La règle de base est qu’une société peut acquérir ses propres actions jusqu’à 10% du capital-actions. C’est le plafond conçu pour permettre des opérations ordinaires sans compromettre la substance patrimoniale.

Il existe une exception liée au transfert des actions nominatives : en lien avec une restriction de la transmissibilité, la limite peut monter jusqu’à 20%. Dans ce cas, toutefois, la part excédant les 10% doit être aliénée ou annulée par réduction du capital dans un délai de deux ans. Le plafond plus élevé est donc temporaire et conditionné : ce n’est pas un moyen de détenir durablement un cinquième du capital.

La condition patrimoniale : il faut des réserves disponibles

La limite en pourcentage ne suffit pas. L’achat n’est admis que si la société dispose de fonds propres librement disponibles à hauteur du montant nécessaire à l’acquisition. Autrement dit, les actions propres s’achètent avec les réserves disponibles, sans entamer le capital lié ni les réserves que la loi protège.

C’est le cœur de la protection des créanciers : acheter des actions propres équivaut, économiquement, à restituer des moyens aux associés qui vendent. La loi ne permet cette restitution que dans la mesure où existent des bénéfices et des réserves effectivement distribuables. Sans capacité suffisante, l’opération ne peut pas se faire.

Les droits sociaux restent suspendus

Tant que la société détient des actions propres, les droits sociaux attachés à ces actions sont suspendus. En particulier :

  • le droit de vote et les droits qui y sont liés ne peuvent pas être exercés ;
  • les actions propres ne comptent pas dans les quorums de présence de l’assemblée.

La logique est évidente : une société ne peut pas « voter pour elle-même » ni utiliser ses propres actions pour piloter les décisions de l’assemblée. La suspension empêche que le conseil, au moyen des actions propres, influence les rapports de force entre les associés.

Le traitement comptable

Avec la réforme du droit comptable, les actions propres ne figurent plus parmi les actifs du bilan : elles s’inscrivent comme poste négatif (en déduction) des fonds propres. C’est une représentation qui reflète la substance de l’opération — un remboursement aux associés — et qui rend transparent, pour qui lit le bilan, le fait que ces moyens sont sortis de la société.

Cette approche a un effet pratique : l’achat d’actions propres réduit les fonds propres présentés et doit être planifié en tenant compte de l’impact sur les fonds propres et sur la capacité de distribution future.

Attention à l’aspect fiscal

L’achat d’actions propres a des implications fiscales à évaluer avant de procéder. En particulier, le rachat au-delà de certaines limites ou de certains délais de détention peut être traité, sur le plan fiscal, comme une liquidation partielle, avec pour conséquence le prélèvement de l’impôt anticipé de 35% sur la différence entre le prix de rachat et la valeur nominale (plus les éventuelles réserves issues d’apports en capital). C’est l’une des erreurs les plus coûteuses : une opération conçue uniquement sous l’angle sociétaire, sans considérer la qualification fiscale, peut générer une charge inattendue. La règle pratique est de vérifier en amont les quotités, les délais de détention et le traitement des réserves.

Erreurs à éviter

  • Dépasser les 10% (ou les 20% temporaires) sans respecter l’obligation d’aliénation ou d’annulation dans les délais.
  • Procéder sans réserves disponibles suffisantes pour couvrir l’achat.
  • Oublier la suspension des droits de vote, au risque de décisions attaquables.
  • Ignorer la possible qualification comme liquidation partielle et l’impôt anticipé.

En résumé

L’achat d’actions propres est un instrument légitime et souvent précieux, mais il repose sur trois garde-fous : la limite en pourcentage, la disponibilité de réserves suffisantes et la suspension des droits sociaux. À cela s’ajoute toujours l’analyse fiscale, qui décide si l’opération reste neutre ou déclenche l’impôt anticipé. Bien la concevoir signifie coordonner dès le départ le volet sociétaire et le volet fiscal.

Vous devez racheter des parts pour désintéresser un associé ou gérer un plan de participation ? La division corporate de SIH ONE structure l’opération dans le respect des limites légales et avec attention aux effets fiscaux.

SIH ONE — Desk Legal

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